Une femme sur trois est victime d’abus : L’ONU appelle à l’élimination de la violence contre les femmes

NATIONS UNIES – Lorsqu’elle avait sept ans, Teri a été abusée sexuellement par son oncle. Elle n’a rien dit à ses parents car elle était convaincue que cela était de sa faute.

A 17 ans, elle a finalement trouvé le courage d’écrire dans son journal intime ce qui lui était arrivé et de le donner à sa mère. Une conversation en face à face lui faisait trop honte. Ses parents ont ensuite admis qu’ils soupçonnaient quelque chose, mais ils se sentaient tant accablés et confus qu’ils ont préféré ne rien dire ni faire.

Quelques années plus tard, Teri a lu dans le journal qu’une femme issue de sa ville natale s’est enveloppée la tête dans une serviette et s’est tirée une balle dans le crâne. Dans sa lettre d’adieu, celle-ci accusait l’oncle de Teri de l’avoir abusé sexuellement.

Mme Teri Hatcher est aujourd’hui une actrice américaine de renom. Elle s’est exprimée sur “les dangers du silence” au siège des Nations Unies à New York le 25 Novembre 2014 lors de la commémoration officielle de la Journée internationale pour l’élimination de la violence contre les femmes. C’était le premier des 16 jours d’activisme pour recueillir un soutien pour la cause.

Aujourd’hui, une femme sur trois sur la planète subit des violences physiques ou sexuelles perpétrées par son partenaire. Par ailleurs, 70% des femmes seront agressées sexuellement à un moment donné de leur vie. “Cela fait de moi un des trois cas de femmes qui ont été forcées d’accepter la violence comme faisant partie de leur vie”, a déclaré Mme Hatcher. “Ce sont des statistiques qui doivent changer”.

Elle a expliqué qu’ “une femme sur trois ne devraient pas avoir peur d’aller de l’avant et rapporter [qu’elle a été abusée sexuellement] car elles pensent qu’elles ne seront pas crues ou prises au sérieux”. Force est de constater que “nous favorisons une société où l’agresseur continue d’agresser”, a souligné Mme Hatcher.

Un engagement international

“La violence contre les femmes et les filles est une pandémie mondiale qui détruit des vies et des communautés et entrave le développement”, a déclaré M. Ban Ki-moon, Secrétaire général de l’ONU lors de la conférence. Il a été surnommé “le Secrétaire général le plus féministe que l’ONU n’ait jamais eu”.

M. Ban a réaffirmé l’importance de se conformer à la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité. Celle-ci insiste sur la nécessité de protéger les femmes contre le viol et autres violences sexuelles lors d’un conflit armé.

Néanmoins, beaucoup d’efforts sont nécessaires afin d’assurer l’égalité des sexes, en particulier dans les régions déchirées par la guerre comme le Moyen-Orient. Mme Lana Nusseibeh, Représentante permanente des Émirats arabes unis à l’ONU, a mis en garde contre le risque de politiser la violence contre les femmes et de la limiter à une culture, une religion, un environnement socio-économique ou un groupe de femmes spécifique.

“Lorsque la moitié de la population mondiale doit vivre dans la peur […], cela est un problème pour chacun de nous”, a t-elle dit. “En outre, quel que soit le progrès que nous faisons au niveau national, cela est malheureusement un problème mondial qui exige une réponse internationale”, a t-elle ajouté. Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive de l’ONU-Femmes, a expliqué qu’ “aucun pays, aucune culture, aucune femme – soit-elle jeune ou plus âgée – n’est à l’abri de cette violation des droits de l’homme”.

Le Moyen-Orient n’est guère immunisé

Les lois discriminatoires et les pratiques traditionnelles du Moyen-Orient aggravent la situation des femmes et perpétuent la violence fondée sur le sexe. Celle-ci est souvent perpétrée par des membres de la famille.

Un rapport sur les mutilations et coupes génitales féminines publié en 2013 par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance a révélé que plus de 133 millions de filles et de femmes ont souffert de cette coutume dans les 29 pays du Moyen-Orient et d’Afrique qui la pratiquent. Les crimes d’honneur sont un autre aspect répandu des sociétés arabes et africaines. L’Unfpa estime que 5,000 femmes sont victimes de cette pratique chaque année dans le monde.

De plus, le mariage d’enfant est une problématique cruciale liée à la violence contre les femmes. En Afghanistan, à titre d’exemple, 40% des femmes sont mariées avant 18 ans, contre 21% dans les territoires palestiniens et 17% en Egypte et en Iran. Ce problème menace la santé des femmes et contrecarre leur participation au sein de la société. Les enfants-épouses sont, en effet, vulnérables aux infections sexuellement transmissibles et sont peu susceptibles d’obtenir une bonne éducation.

Il y a également un nombre de plus en plus élevé de jeunes filles réfugiées syriennes forcées de se marier en Jordanie. “Chaque fille a le droit d’être une fille, et non pas une jeune mariée”, a déclaré Dr Babatunde Osotimehin, Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour la population lors de la conférence de l’ONU.

Enfin, le viol est systématiquement utilisé comme arme de guerre. “De la Syrie à l’Irak au Sud-Soudan à la République central africaine et aux régions ravagées par les conflits et les catastrophes naturelles”, la sécurité et la santé des femmes sont davantage menacées, a t-il expliqué.

Qu’en est-il des hommes?

“Les hommes et les garçons sont enfin loués en tant que partenaires dans cette lutte”, a déclaré M. Ban, en référence à la campagne Lui Pour Elle (He For She en anglais) lancée plus tôt cette année à l’ONU. Celle-ci vise à mobiliser un milliard d’hommes et de garçons afin de mettre fin à l’inégalité des sexes.

“Le cycle ne peut être rompu sans la participation des hommes car la violence contre les femmes n’est pas un problème de femme. C’est un problème d’ordre public”, a déclaré Mme Ayla Göksel, directrice générale de la Fondation d’éducation mère-enfant (Mother Child Education Foundation en anglais), une organisation non gouvernementale turque qui habilite hommes et femmes grâce à l’éducation familiale.

Nonobstant le fait que la violence contre les femmes ne vient pas d’une région particulière, Dr Gustavo Jalkh, Président du Conseil de la magistrature de l’Équateur, a mis en lumière la corrélation entre la violence contre les femmes et la prévalence d’une culture machiste au sein des sociétés patriarcales d’Amérique latine et du Moyen-Orient.

“La peur des hommes est la source de la violence contre les femmes”, a t-il dit. “Nous devons demander à chaque homme violent: qu’est-ce qui vous fait peur ?”.

Engager la société civile

Une étape clé pour éliminer la violence contre les femmes est d’engager les organisations civiques. “La société civile a la responsabilité de défendre les droits humains et d’assurer la justice et la sécurité”, a déclaré Dr Osotimehin.

Au Maroc, par exemple, l’article 475 du code pénal permettait jusqu’en Janvier 2014 à un violeur d’esquiver la prison en épousant sa victime mineure. La loi a été modifiée après que des ONG se soient mobilisées et aient appelé à l’annulation de cette loi. Le processus s’est accéléré lorsqu’une adolescente de 16 ans s’est suicidée après avoir été forcée d’épouser un homme qui l’avait violé. Ses parents l’avaient obligé à se marier afin de protéger l’honneur de la famille.

 

Cet article a été publié dans The Huffington Post le 26 novembre 2014. Cliquez ici.


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *